La gare de Montmorency

Le Mercredi 30 Juin 1954, 88 ans après sa bénédiction en grandes pompes par l’évêque de Versailles en personne, le Refoulons prend définitivement sa retraite et cesse son trafic. Celui qui était devenu un véritable emblème du patrimoine du Val d’Oise se fait définitivement refouler…

Mais qu’est ce que le Refoulons ? C’est le nom qui a été donné au train qui reliait Montmorency à la ville d’Enghien-les-bains. La ligne, longue de seulement 3 kilomètres, était réputée dans toute la France pour sa voie unique en forte pente (45%) que le train devait gravir « à Refoulons » pour arriver jusqu’à Montmorency.

Ensemble, prenons place à bord de cette ligne emblématique qui a fait la fierté de toute une ville…

Voie ferrée

La naissance d’un projet fou

En Septembre 1864, un certain Emilien Rey de Foresta se voit confier par décret impérial la concession d’une ligne de train ambitieuse.

(M. Rey de Foresta ? Ca ne vous rappelle rien ? Mais oui, c’est bien cela, c’est ce même Rey de Foresta qui était propriétaire du château éponyme, aujourd’hui devenu l’hôtel de ville de Montmorency !)

Cette ligne de train nourrit un projet fou, relier la ville d’Enghien-les-Bains à celle de Montmorency et ce en dépit de la pente de plus de 45 % qui sépare les deux villes. Le concessionnaire de la ligne le sait, la Ville de Montmorency, du haut de ses 114 mètres au dessus du niveau de la mer, ne se laissera atteindre qu’au prix d’un gros effort. Ce projet est-il tout simplement impossible à réaliser ?

Impossible n’est pas français ! Et notre cher Emilien l’a bien compris. Il ne lui faudra que deux petites années de travaux pour venir à bout des 3 kilomètres de chemin de fer qui relient les deux villes.

La gare de Montmorency et son Boulevard

La ligne numéro 953 000 du Réseau Ferré National est fin prête à remplir son office…

Attention au départ, éloignez vous de la bordure du quai !

Le Samedi 30 Juin 1866, sous les yeux des badauds émerveillés, sous les lances de la garde impériale et le regard fier d’un bon nombre d’officiels, l’Evêque de Versailles procède à la bénédiction de ce très attendu Refoulons. Avec sa côte abrupte, la voie unique de ce chemin de fer fait figure de véritable prodige et trône en bonne place parmi les voies ferrées les plus pentues de France.

Le train s’élance alors vers sa destination et là… c’est la stupéfaction, le train est poussé par la locomotive ! Oui, oui, poussé !

La locomotive est placée à l’arrière du train afin de le pousser mais avant tout pour pouvoir le « refouler » (le retenir si vous préférez) si les freins des voitures venaient à lâcher. Dans le jargon ferroviaire cela s’appelle aller à Refoulons, d’où le nom !

C’est donc à refoulons que le train suit son chemin (de fer) vers sa destination, qu’il ne mettra qu’une petite dizaine de minutes à rejoindre. Ca y est, le Refoulons est entré à toute vapeur dans l’Histoire de la ville de Montmorency !

Un succès à toute vapeur pour le Refoulons

Le Refoulons, en cette fin de XIXème début de XXème siècle, connait un succès énorme auprès des voyageurs mais également auprès des villes présentes sur son parcours qui voient en lui une opportunité pour leur activité économique.

Gare + Refoulons = Montmorency au top !

En ce cœur de XIXème siècle, grâce à cette nouvelle ligne et à la construction de la Gare, la ville de Montmorency dispose désormais de trains directs vers Paris Nord et Enghien-les-bains. Il n’en fallait pas plus aux parisiens en manque de verdure pour débarquer en nombre dans le Val d’Oise.

Vue de la gare de Montmorency

Non seulement que d’être une bonne nouvelle pour nos amis de Paris, c’est avant tout une bonne nouvelle pour les mollets des montmorencéens ! Les habitants de Montmorency, n’ayant pas tous pour ambition de courir le Tour de France, peuvent enfin économiser leurs jambes en empruntant cette ligne au charme bucolique pour refouler chez eux, dans les hauteurs.

Une aubaine pour l’activité économique de la Région

Les villes présentes sur le parcours du Refoulons voient en lui une opportunité pour leur activité économique. C’est notamment le cas de la ville de Soisy-sous-Montmorency, qui demandera l’installation d’une gare sur son territoire afin de faciliter l’acheminement des matériaux extraits des carrières de Soisy vers paris Nord via Montmorency.

C’est ainsi que deux gares supplémentaires ouvrent sur le trajet entre Enghien les bains et Montmorency :

– La gare de Soisy-sous-Montmorency

– La gare de la Pointe Raquet (qui sera plus une halte en réalité)

La gare de Soisy-sous-Montmorency
Gare de Soisy-sous-Montmorency

La construction de ce train est également une excellente nouvelle pour les facteurs qui peuvent désormais assurer le service postal sans avoir à se fatiguer.

On peut dire que ce cher Rey de Foresta a eu le nez creux car le Refoulons est un véritable succès ! Au plus fort de son trafic la navette effectuera jusqu’à 36 trajets par jours entre 5h30 et 1h du matin et transportera jusqu’à 405 500 voyageurs par an. L’histoire pourrait s’arrêter là et tout le monde serait ravi, mais…

Un succès à Refoulons

Le Refoulons est exclusivement financé par des fonds privés et on peut dire qu’ils ont bien profité du succès de la ligne. Cependant, à partir de 1936 les chiffres commencent à refouler. Les affaires vont moins bien et la dégringolade commence car les coûts d’exploitation et l’intérêt décroissant pour le Refoulons le poussent à prendre une retraite forcée.

Une ligne affreusement coûteuse

Plus les années passent et plus la ligne révèle son vrai visage… Gourmande, exigeante, dangereuse

Qu’est ce que ça consomme !

Gravir une telle pente constitue une sacrée entreprise et demande une quantité d’énergie considérable. Il faut donc énormément de charbon pour refouler ce monstre de fer jusque dans les hauteurs de Montmorency. Et ne jugez pas ce pauvre train, si vous deviez faire ce parcours et gravir cette pente là 36 fois par jour, vous aussi vous mangeriez beaucoup (mais pas du charbon) !

Et puis c’est fragile et exigeant !

L’exploitation de la voie et des voitures demande beaucoup d’exigence pour transporter les voyageurs dans les meilleures conditions possibles. Les pièces des voitures et des locomotives s’usent plus vite que sur un train qui n’a pas à subir de telles tortures. Comme les sportifs de haut niveau, le corps du Refoulons subit plus d’intensité et les techniciens doivent être exigeants pour le préserver.

Sans oublier que c’est dangereux !

Non, on refuse de le croire ! Et pourtant… Quelques accidents ont eu lieu le long du parcours, notamment sur un des cinq passages à niveaux que comptait la ligne sur son trajet. 5 Passages à niveaux sur 3 kilomètres ça fait un sacré ratio !

Une ligne rétrogradée et boudée

Là c’est le pompon ! Alors que la ligne du Refoulons, malgré ses trois petits kilomètres, était considérée comme une ligne principale du réseau ferrée français, voilà qu’en 1947 elle est déclassée

Les contestations véhémentes des utilisateurs n’y feront rien, le trafic faiblit et la ligne semble se diriger indubitablement vers une fermeture. Les fameuses voitures Bidel à deux étages qui composaient le Refoulons se vident de leurs voyageurs et la société EM (Enghien-Montmorency) ne peut plus faire face aux dépenses.

Alors que la ligne se meurt la société EM tente de rallier la SNCF et l’Etat au maintien de l’activité mais se fait refouler…

La retraite forcée du Refoulons

C’est donc le 30 Juin 1954, exactement 88 années après sa mise en service, que ce véritable emblème du patrimoine local prend sa retraite. Celui qui a rendu tant de services aux montmorencéens s’en va pour la dernière fois le long de son chemin sous les chants des habitants qui saluent son courage héroïque pendant ses 88 années. « Ce n’est qu’un au revoir »…

Que reste-t-il…

Parti sans se retourner, le Refoulons ne laisse derrière lui que peu de traces de son passage, si ce n’est dans les mémoires. La ligne numéro 953 000 a été entièrement démantelée et la Gare de Montmorency n’est plus, il ne reste à sa place qu’un escalier et un abribus.

Aujourd’hui regretté par bon nombre de montmorencéens, même ceux qui ne l’ont pas connu, le Refoulons reste une fierté de la ville. Pour vous plonger un peu plus dans les traces de cette ligne tant regrettée, vous pouvez suivre les sentes de Montmorency par le circuit des vignes qui emprunte une partie du tracé de l’ancien chemin de fer. En attendant de venir visiter et profiter de toutes les activités disponibles à Montmorency, vous pouvez vous référer aux excellents livres de MM. Michel Rival et Claude Wagner.

Ce train emblématique de la ville, aujourd’hui disparu et remplacé par un service de bus, restera dans l’imaginaire collectif comme un des emblèmes majeurs du patrimoine de la ville

Psssst… Si vous voulez plus d’informations sur le Refoulons voici quelques livres intéressants :

Le Refoulons ou le chemin de fer d’Enghien à Montmorency : Petite histoire d’une grande ligne, Michel Rival, ed. Valhermeil,1989

Les petits trains et tramways du Val d’Oise, Claude Wagner, ed. Valhermeil, 1994

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *