Le château de Montmorency

Montmorency n’a pas toujours été cette charmante petite ville du Val d’Oise agréable à vivre. Non ! Avant de devenir un haut lieu du tourisme en Île de France, Montmorency c’était plutôt un promontoire au Nord de Paris sur lequel gisait un château de bois en ruines… Ces ruines, propriété de Bouchard le Barbu au Xème siècle, sont le début d’une longue histoire qui contribuera à faire de Montmorency la ville qu’elle est devenue.

Prêts à vous plonger au coeur de l’histoire de la ville de Montmorency ? Partons ensemble sur ces terres qui, depuis le Néolithique, ont vu défiler de grands moments d’histoires et de grands personnages. Vous verrez que malgré des débuts un peu chaotiques en raison des nombreuses guerres, la ville a su se développer pour devenir un lieu à la mode.

La vallée de Montmorency, un lieu de passage depuis préhistoire ? 

L’histoire de la ville semble remonter à l’âge de pierre si l’on en croit les magnifiques outils en grès du Néolithique retrouvés en forêt de Montmorency. Si ces outils ne permettent pas d’affirmer l’existence d’une occupation pérenne des lieux, ils sont témoins d’une occupation au moins sporadique de la vallée par nos ancêtres préhistoriques.

Poterie néolithique
Poterie du Néolithique

Avant les parisiens en quête de verdure il semblerait également que les Romains aient pu trouver quelques charmes à la région. C’est à tout le moins ce que laissent penser les pièces frappées à l’effigie de l’empereur Domitien qui ont été retrouvées par inadvertance en 1900. Cependant, ces découvertes sont trop minces pour que l’on puisse en tirer quelque conséquence et établir l’existence d’une véritable cité ou d’un campement sur les lieux.

Pièces de monnaie antiques

Vous l’aurez compris, les découvertes effectuées ne sont pas légion et ne permettent pas de reconstituer avec certitude le passé des terres montmorencéennes. Mais tout va changer à compter du Xème siècle avec l’arrivée forcée d’un certain Bouchard le Barbu, en provenance de Paris.

Bouchard le Barbu, un seigneur-brigand à l’origine de la cité

Rien que son nom vous colle des frissons. Bouchard le Barbu ! C’est le genre de personnage dont vous évitez de croiser la route si vous le pouvez.

Mais qui était-il ? Ce digne descendant de l’élite de la Chevalerie Franque est un seigneur féodal exerçant son pouvoir depuis sa forteresse de l’Île Saint Denis. Ne vous laissez pas avoir par le titre de Seigneur, Bouchard n’est pas un Saint, c’est même un véritable brigand. Il se livre avec une certaine assiduité à un prélèvement fiscal sur tous les bateaux qui daignent naviguer sur la Seine à proximité de sa forteresse. Seulement, voilà, on va dire que notre personnage a la barbe fournie n’opère pas ses exploits fiscaux selon les règles de l’art… Il terrorise, raquette, menace et pille sans aucune autorisation royale. De surcroît notre exécrable seigneur tyrannise les occupants de l’Abbaye jouxtant son château.

Le roi de France, Robert II, suite à diverses plaintes, décide de mettre fin aux agissements de ce truand. Vous vous dites que c’est bien fait ? Qu’il l’a bien mérité ? Eh bien, vous allez voir que la sanction est plutôt douce… Le Roi est gêné par un tel comportement mais ne peut pas vraiment se montrer incisif à l’égard de son vassal (à cette époque le pouvoir du Roi est assez faible). Robert II propose donc à Bouchard (oui, lui PROPOSE) de quitter l’Île Saint Denis et Paris pour aller s’établir plus au Nord, sur le domaine de Mons Maurentiacus.

Plan de la forêt de Montmorency

Vous l’aurez deviné, il s’agit de Montmorency ! La charmante ville du Val d’Oise n’est à l’époque qu’un promontoire surplombant la vallée, sur lequel s’élèvent des fortifications en ruines et un château de bois. Soucieux de s’établir un domaine digne des revenus amassés suite à son entreprise « fiscale », Bouchard procède au démantèlement complet des ruines afin d’y établir une véritable place forte.

Ce petit truand de Bouchard vient de réussir son coup et marque la naissance de la cité de Montmorency ainsi que le début d’une grande lignée de France, les Montmorency !

La ville se développe, les XIIème et XIIIème siècles

Au cours des XIIème et XIIIème siècles les constructions de la ville s’étoffent. Les premiers seigneurs de Montmorency, outre la construction d’un château en Pierre (c’est plus cossu), font construire une première collégiale Saint-Martin (dont il ne reste plus rien) afin de favoriser l’établissement sur le domaine d’hommes d’Eglise acquis à leur cause.

La ville se développe tant et si bien qu’elle devient un carrefour commercial de premier choix dans la région. Tous les habitants de la vallée se pressent pour venir faire leurs courses à Montmorency. Cet engouement laisse augurer de la qualité des produits vendus, d’autant plus quant on sait qu’il faut du courage pour gravir la pente qui mène au centre de la ville !

En cette fin de Moyen-âge Montmorency semble donc déjà être un endroit au comble du raffinement. Ses remparts, son hôpital, son marché… Tant de chose qui font que la vie est douce et sûre (ou presque) !

Donjon du château de Montmorency

Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes sur le domaine lorsque tout d’un coup… Patatra !

Les troubles de la Guerre de Cent ans (XIVème-XVème siècles)

Alors qu’un beau château en pierre vient d’être construit et qu’une véritable cité commence à s’établir, voilà que les Anglais débarquent !

Commence alors une période qui n’est pas de tout repos pour les seigneurs Barons de Montmorency. Face aux multiples destructions de leurs biens par des révoltes paysannes et par les envahisseurs, nos chers seigneurs de Montmorency ont préféré prendre la poudre d’escampette. Les occupants du château, contraints à l’exil, fuient vers Ecouen. (En réalité ils ne sont pas mécontents car le château est un peu inconfortable à leur goût)… Ne reste de leur passage qu’une tour du donjon qui se dresse tant bien que mal sur la butte.

Le développement du patrimoine culturel Montmorencéen (XVème-XVIème siècles)

En dépit des turbulences qui s’abattent sur la ville durant la guerre de Cent ans, la cité continue à vivre et se développe envers et contre tout.

Au XVIème siècle la ville possède même plusieurs moulins à vent (dont on peut apercevoir des restes rue de Jaigny). Une forte culture fruitière s’établit dans tout le domaine mais également et avant tout, une culture vinicole. Après tout le vin est fait de fruits… (l’abus d’alcool est dangereux pour la santé… Mais un bon verre de temps en temps… Avec modération !).

culture vinicole montmorency

C’est également au cours de cette période que la maison des Montmorency, toujours soucieuse d’étendre son pouvoir, fait ériger la nouvelle collégiale Saint-Martin.

Le retour des troubles, les guerres de religions (Fin XVIème siècle)

Décidément quand y’en a plus y’en a encore… A croire qu’on peut jamais être tranquille ! La famille de Montmorency, jusqu’alors titulaire du titre de Baron, monte en grade et peut désormais s’enorgueillir du titre de Duc et Pair de France. C’est Anne de Montmorency, Connétable de France, qui reçoit des mains du roi Henri II le titre si prestigieux. La baronnie de Montmorency devient donc un Duché Paierie.

Le Connétable Anne de Montmorenyc
Le Connétable Anne de Montmorency

La ville profite de cette période pour s’embellir, la collégiale Saint-Martin s’orne de magnifiques vitraux, des châteaux sont construits et la production de vin se porte à merveille. Ce changement semble indiquer une période d’accalmie pour la ville qui se remet tranquillement des désastres liés aux offensives de la guerre de cent ans…

Eh bien non ! Désormais ce sont les troubles liés aux Guerres de Religions qui s’invitent sur le domaine de Montmorency. Ces échauffourées provoqueront encore des saccages de la ville et de la vallée par les ligueurs. Mais Montmorency garde la tête haute, pour le moment…

Le Duc de Montmorency perd la tête, la ville continue de voir trouble (XVIIème siècle)

Alors que la ville se remet de ses blessures voilà qu’un acte séparé et indépendant de la volonté des habitants vient encore perturber le calme de la cité… Décidément !

En 1630, le Duc Henri II de Montmorency a le mauvais goût d’ourdir un complot contre le Roi Louis XIII et son puissant ministre Richelieu. Grave erreur mon cher ! Ces tentatives lui vaudront d’être raccourci d’une petite tête en 1632. Son exécution signe la fin de la branche aînée de la famille Montmorency

Le Duc Henri II de Montmorency
Le Duc Henri II de Montmorency et sa tête

Les terres du domaine reviennent donc à un fidèle du roi, Henri de Bourbon-Condé. Cependant la ville reste un peu à la famille de Montmorency car notre cher Henri de Bourbon-Condé n’est autre que l’époux de Charlotte de Montmorency (la sœur du supplicié !).

Jusque là c’est un peu rocambolesque, limite digne d’un épisode des Feux de l’Amour mais les histoires du pouvoir ne semblent pas devoir impacter le cours de la vie des Montmorencéens. C’était sans compter sur l’intrépidité de la maison de Condé !

Les nouveaux propriétaires de la ville ont en effet eu le bon goût de prendre parti lors de la Fronde, ce qui mènera la ville à être de nouveau la proie de furieuses représailles

Changement de famille, changement de nom : Montmorency ou Enghien ?

En 1689, la ville passe définitivement aux mains de la maison des Princes de Condé par un acte signé de la main de Louis XIV. Ce transfert de propriété sera l’occasion pour Henri Jules de Bourbon, Duc de Montmorency, de faire changer l’appellation de son duché. Cet extravagant décide que désormais Montmorency s’appellera Anguien, qui deviendra par la suite Enghien.

Ce changement de nom est le début d’une longue série puisque la ville changera de nom pas moins de neuf fois entre 1689 et 1832 !

Montmorency se refait la cerise ! (XVIIIème siècle)

Après ces périodes de tumultes c’est enfin le calme et la ville peut fonder sa renommée sur autre chose que les destructions dont elle a été l’objet.

C’est l’apparition d’une charmante demoiselle à la robe écarlate, la Cerise de Montmorency ! Rendue célèbre par Madame de Sévigné et ses écrits, le fruit endémique de la ville ravit depuis de nombreuses générations les papilles des jeunes et moins jeunes.

Cerises de Montmorency

C’est également l’occasion pour Montmorency d’accueillir un certain nombre de sommités de leur temps. La ville devient un véritable carrefour culturel, une antichambre de la capitale où l’on aime se retrouver pour flâner et se reposer. Ainsi des personnalités comme Charles le Brun (Premier peintre de Louis XIV et décorateur de Versailles, rien que ça !) ou Pierre Crozat (financier parisien) établiront sur les terres de la ville leurs résidences secondaires. Ces demeures seront respectivement nommées (en toute simplicité) « petit » et « grand » châteaux. Ca vous laisse un peu imaginer la taille de la résidence secondaire… Hélas, de ces deux châteaux ne demeure aujourd’hui que l’Orangerie, inscrite aux Monuments Historiques de France.

Le château de Montmorency
Le château de Montmorency

Il reste toutefois quelques châteaux à Montmorency dont le château du Duc de Dino et le château de Rey de Foresta. Ce dernier a été édifié par Nicolas Louis Goix en 1789. Le bâtiment est aujourd’hui la fierté de la ville puisque ce n’est autre que l’Hôtel de ville. Imaginez un peu les bureaux du Maire !

Jean-Jacques Rousseau, Lumière de Montmorency

L’histoire de la ville est grandement marquée par le passage de Jean-Jacques Rousseau. En 1756, le célèbre philosophe des Lumières aspire à quitter Paris. Sur les conseils de sa bonne amie (très très bonne amie) Madame d’Epinay, Rousseau décide de s’installer non loin de Montmorency, dans une maison jouxtant la forêt.

Les deux tourtereaux vivent une idylle absolue jusqu’à ce que ce cher Jean-Jacques, soucieux de découvrir le patrimoine local (notamment les habitantes) ne soit plus en odeur de sainteté avec madame d’Epinay.

Portrait de Rousseau
Portrait Rousseau

Notre écrivain décide donc d’acheter une maison en piteux état pour s’y établir. Le temps des travaux, le duc de Montmorency-Luxembourg, voisin et ami du philosophe, lui propose de prendre place dans un appartement au château de Le Brun. C’est ici que Rousseau écrira quelques unes de ses oeuvres majeures.

Jean-Jacques se plaît à Montmorency et se voit bien y rester, peut-être même jusqu’à la fin de sa vie… Oui, mais c’était sans compter sur sa plume un peu trop audacieuse. Le philosophe aura maille à partir avec le pouvoir après la parution de son livre l’Emile. Ses démêlés avec le Parlement Royal le contraindront, en 1762, à fuir la ville (avec l’aide du Duc de Montmorency-Luxembourg) pour ne plus jamais y revenir. 

Les dernières paroles de Rousseau

L’aventure Montmorencéenne de Rousseau n’est pas ce que l’on pourrait appeler une aventure au long cours puisqu’il n’y a demeuré que de 1756 à 1762. Le philosophe a cependant laissé une emprunte durable dans la ville. Vous pouvez vous en rendre compte en allant visiter sa maison du Mont-Louis, qui abrite aujourd’hui le musée Jean Jacques Rousseau, ou en empruntant le circuit du philosophe.

Montmorency, Le lieu où il faut être vu (XIXème siècle)

Au XIXème siècle, aidée par la construction de la ligne de train du Refoulons, la ville devient une sorte de petit Paris. Il est de bon ton d’être vu dans la vallée de Montmorency ! La proximité avec le Lac d’Enghien, les sources thermales, la forêt sont autant d’éléments qui poussent la bonne société parisienne à venir y prendre des bains, s’y balader, cueillir les cerises… Enfin bref, on vient pour profiter de cet écrin de verdure à quelques 15 kilomètres seulement au nord de la capitale. Même en fiacre ça se fait bien !

La gare de Montmorency

La Ville aujourd’hui, une place forte du tourisme en Ile de France

La situation géographique de la commune, encadrée par Enghien-les-Bains au Sud et la forêt de Montmorency au Nord en fait, encore aujourd’hui, un haut lieu du tourisme en Île de France. Dans les années 1960-1970 la ville a connu un accroissement de sa population mais a réussi une urbanisation plutôt respectueuse de son histoire.

Montmorency est aujourd’hui une commune où il fait bon vivre et où de nombreuses activités sont disponibles.

Vous voilà désormais familiers avec l’histoire de la ville qui, après des siècles de ravages et pillages divers, est aujourd’hui la plus agréable commune du Val d’Oise (un peu de chauvinisme n’a jamais fait de mal). Alors, pourquoi ne pas venir vous plonger au coeur de l’histoire en venant visiter Montmorency et sa vallée?

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